Comité francophone catholique Saint-Eugène-de-Mazenod (Yukon)
D’un soleil à l’Autre
En ces jours du solstice d’été où nous nous laissons inonder de lumière, « d’un soleil à l’Autre », signifie pour nous au-delà du 60e parallèle, bien plus que la durée du jour. En effet, l’ellipse dessinée par cet astre de lumière d’est en ouest dépasse l’aspect horizontal du temps et de l’espace, pour nous conduire à la reconnaissance spirituelle d’un soleil divin qui s’annonce comme la lumière du monde. Plus encore, accueillir l’Autre soleil dans nos vies, nous fait devenir rayons de sa lumière.
Jean-Baptiste, le prophète « Précurseur » du Christ a annoncé cette lumière. Par conséquent, il allait de soi d’associer la fête de sa naissance au cycle naturel du soleil. « La fête de la Saint-Jean-Baptiste a une riche et longue histoire. Depuis des temps immémoriaux, elle a d’abord été une fête du solstice d’été que les peuples païens célébraient par de grands feux de joie, à ce moment de l’année où la nuit est la plus courte. Ces feux symbolisaient la lumière du soleil à son apogée.
Puis la fête païenne fut christianisée. Au cours du IVe siècle, apparut la fête de la Nativité de saint Jean Baptiste. Cette fête précède de six mois celle de Noël, apparue elle aussi au IVe siècle, en référence à la parole de l’ange Gabriel à Marie, au jour de l’Annonciation, le 25 mars: «Voici qu’Élisabeth, ta parente, en est à son sixième mois» (Luc 1, 36). Trois mois plus tard, l’église célèbre donc la naissance de Jean Baptiste, le Précurseur du Messie.
La fête de la Nativité de saint Jean Baptiste et celle de la Nativité de Jésus sont intimement liées et sont toutes deux en relation avec le cycle du soleil. L’une a lieu au solstice d’été, l’autre au solstice d’hiver. Ceci illustre la parole de Jean Baptiste: «Lui, il faut qu’il grandisse; et moi, que je diminue» (Jean 3, 30). En effet, à partir du solstice d’été, la durée des jours diminue, alors qu’elle augmente à partir du solstice d’hiver.
En France, la tradition des feux de joie, venue de la plus haute antiquité, fut conservée pour célébrer la naissance de saint Jean Baptiste. Les premiers colons venus de France pour coloniser la Nouvelle-France apportèrent avec eux cette fête qui leur tenait beaucoup à coeur. Une fois installés à Québec et aux Trois-Rivières, les premiers habitants font revivre, sur les bords du Saint-Laurent, les coutumes ancestrales qui leur sont chères, surtout les feux de joie de la Saint-Jean-Baptiste.
En 1834, Ludger Duvernay fonde la Société Saint-Jean-Baptiste à Montréal. Puis, la même année, le 24 juin est choisi comme date de la fête nationale des Canadiens français. Le patronage si populaire de saint Jean Baptiste au Canada français se devait alors d’être officiellement sanctionné par l’église. C’est le Pape Pie X qui, le 25 février 1908, déclara Saint Jean-Baptiste patron spécial des Canadiens français. ». (Pierre Dufresne, Prions en église, juin 2001)
C’est dire que la francophonie a la lumière dans le sang. Politiquement, les premiers venus arrivés en Nouvelle-France ont voulu instaurer un nouveau monde. Encore aujourd’hui, la lutte pour la reconnaissance et le respect de deux cultures fondatrices demeure une priorité dans l’établissement d’une société ouverte aux différences. Socialement, la francophonie porte aussi le flambeau de la solidarité dans un souci communautaire de cousinage qui se rapproche de la vie de famille issue de souches communes.
Au Yukon, les archives nous montrent que dès la ruée vers l’or, la St-Jean-Baptiste se célébrait sous le soleil de minuit. La francophonie d’ici gagne encore à s’inspirer de ce saint : l’audace d’une parole honnête et franche devant les autorités, son désir d’un monde plus juste et fraternel. Plus encore, sa foi en Jésus-Christ, lumière du monde, vient nourrir nos espoirs et fortifie la confiance en nos plus grandes aspirations personnelles et communautaires. N’hésitons pas à passer d’un soleil à l’Autre et Bonne Saint-Jean-Baptiste!
Activités à venir :
Site web du CFC: http://cfcyukon.over-blog.com/
Bonne Fête des Pères et bon été à tout le monde